
BALLADE EN MOTS
ARBRES
Quand au vert infini, l’on s’adresse pour comprendre…, la chaise vide récite la leçon de l’absence, de l’ignorance, de la violence cupide contre laquelle d’un jet de rein, les fûts s’élancent dans la nue pour proférer dans l’azur impassible une protestation inaudible, indécelable, et inopérante.
Peine perdue l’homme sourd et aveugle ne sait qu’abattre les géants solaires et chtoniens
Psalmodiant aux jours leur impuissance, les troncs désormais accroupis, sages élèves du destin ploient sous le fardeau des devoirs feuillus à jamais inaccomplis. Pour toujours autres et solitaires, ils doivent apprendre une autre partition dans le chant continuum de vie.
Derrière les mots, dort l’image. Vert est le miroir où sibylline dame Nature se mirant, guette l’histoire toujours même, lente et véloce d’une Femme-Monde, glissant sans bruit de l’ombre touffue de Bois David à la secrète sylve de Macrabo.
Dans le brouillard qui se lève doucement, arbres puissants, ou réduits, chuchotez lui, pleine d’écoute et de silence, la secrète patience. Révélez lui, les mystères dendôlatres pour que la vie à l’endroit et l’envers du Monde, emplie des souvenirs d’un temps révolu, lui soient livrés en même temps que des jours d’arborescente lumière.
Sigré
Je sais une trouée de pure émeraude,
maintenant ponctuée de stèles.
Hier traversée d’ombres et d’oiseaux
Aujourd’hui, de touristes curieux.
Ils étaient tous là, mais lui était seul, sans son frère
J’ai vu un homme au cœur encore chaud de larmes,
parcourir du regard la trouée silencieuse
dans la vaine et folle attente du frère ici perdu.
Mais les arbres étaient bras fermés sur leurs lointaines blessures.
Ils étaient tous là, pourtant, lui était seul sans son frère.
Dans la terre labourée de concupiscences, une écharde bleue.
Reste dérisoire d’un château de Chantilly anéanti.
Dans l’onde de tes yeux, homme, j’ai vu monter une marée.
Cou raide, mâchoires serrées, tu as chanté poing levé.
Ils étaient tous là, pourtant lui était seul sans son frère.
Homme, tu t’es battu avec la vie pour tes rêves et les siens.
Parfois la victoire t’a souri, à d’autres elle t’a trahi
Sans cesse tu interrogeais du regard une lointaine trouée.
Puis une nuit, depuis les monts aux mille eaux,
ton frère est venu te chercher.
Ils étaient tous là, pourtant toi tu étais avec ton frère.
Il est une trouée couleur de jade dans des monts secrets
Où deux hommes le long des chemins escarpés devisent.
L’un a une pipe, l’autre éclaireur toujours, fixe dans le lointain,
Cépérou où achève de luire le chaldéviré de maître soleil.
PAROLES DE SONS ET DE SONGS QUI SWING
Quand la vie se fait cercle au rythme des sons
tu es la danse.
L’oubli te fit passer du sacré au profane
dans nos sociétés aux mémoires légères et évanescentes.
Cercle, tu demeures pourtant le symbole du lien,
du partage de connaissances, du respect,
de la transmission aux générations à venir.
FAUCHEUSE ?
Quand l’écriture mitraille les cadavres,
Quand la mort s’assoit devant la page
blanche pour y inscrire ses signes, alors
c’est que l’homme a depuis longtemps
quitté son corps pour escalader l’ombre
et la chevaucher dans des vallées nues
et froides où les larmes sont des
cascades gelées.
Haïti, Azerbaïdjan, Beyrouth, Chili, Congo,
Inde, South Afrika, Syrie et tant d’autres lieux
du monde nous envoient leurs lettres
sans timbres, leurs enfants, et leurs
femmes livides, fantômes aux yeux de mal de mer.
Nos regards et nos cœurs
déchirés ne savent plus ni comment
battre ni où se poser.
Misère d’un monde en tremblements, en convulsion
En explosion,
Mais surtout en mal d’accouchement d’un homme nouveau
Ange ou démon
Sur une planète en dérade de ses amarres,
dans l’océan univers,
dans l’enfer dantesque de Terre, sous le fracas des bombes,
face aux entrailles à l’air de cette femme
qui semble dormir,
j’ai cru entendre dans la nue faussement paisible,
L’appel à la paix.
Or, ce n’était que le croassement d’un
Urubu repus.
Post scriptum
Vous direz : paix au monde
grands proférateurs de sagesse,
mais seules vous répondront
Les Erynies en furie.
5/10/2020
CERCLE
Pour sertir la lumière du soleil au creux de ton œil,
pour que brille la lueur de la lampe d’huile des sages-femmes comme la babiole couleur d’ylang-ylang des folles femmes
tu es cercle symbole d’infini.
Cercle tu l’es aussi pour cette goutte de merci dans l’océan d’attente.
Pour ces peuples fantômes qui dansent en rond sous les astres espérant des infinis ellipsoïdaux d’étoiles un pardon-sourire de la grande prêtresse, de la femme mère et du cycle éternel du cercle de l’Ouroboros .
OUROBOUROS
Médaillon au cœur du bois, bras levés
Saluant les mille soleils feuillus
Échevelé d’une course statique
L’arbre s’essoufflait du bruissement
des oiseaux dans sa ramure jade…
Papillon de lumière
Sous les feuilles qui ombragent la crique
Coulent nos âmes, légères et séductrices
Elles vont au gré des flux, comme les jours
C’est pourquoi
Au soleil de midi, dans la crique, j’ai vu
danser des lutins, ils jouaient de la lumière
La sonate dessinait des papillons d’eau.
Alors elle est venue.
Les poissons connaissent ses pas.
Chut, je vous en prie ne faites pas de bruit.
Elle et eux parlent en langue d’EAU.