Contes, nouvelles, poésies

CONTE DE MINUIT , L’AMOUR SORCIER

Yé Krik
yé krak
krik krak patakrak krak

Hier soir Maryse s’était installée comme d’habitude sur le balcon, la lune ronde glissait comme une reine au milieu de sa cour de nuages. La baie noire de Gosselin s’illuminait de temps en remps grâce au pinceau de lumière des voitures. Quelques feux de position de bateaux ancrés piquetaient d’étoiles la mer calme pour une fois. En face dans la montagne les lumières des villas brillaient comme un diamant au doigt des collines sur lesquelles elles s’étaient installées. Le regard de Maryse fut soudain happé par un rayon bleu qui se déplaçait lentement, balayant au loin, l’espace au-dessus d’un quartier qu’elle ne distinguait pas bien, tant il était enfoui dans la végétation. Maryse se mit debout pour mieux voir. C’est alors qu’elle distingua clairement.

Yé krik yé krak
Est ce que la cour dort ?
Non, la cour ne dort pas.

Au bout d’un rayon bleu, là-haut tout contre le ciel, une paire d’yeux semblait observer la mer, les monts et quelque chose dans un quartier. Entre les deux yeux naquit soudain comme une puissante cascade d’eau claire qui jaillissait et retombait tout là-bas en pluie. Interloquée Maryse se saisit de son téléphone portable et s’apprêta à filmer. Un malencontreux coup de vent la déséquilibra et fit chuter son appareil. Heureusement elle put le récupérer avant qu’il ne s’écrase en bas sur les rochers au-dessous de la balustrade.
Au moment où elle le reprit et braqua l’objectif sur la scène, tout s’éteignit. Maryse se frotta les yeux, non elle n’avait pas rêvé, pensive, elle s’interrogea, retourna sur le balcon, observa le ciel tout piqué d’étoiles.

Sa tentation fut de téléphoner à une amie et de lui raconter ce qu’elle avait vu, mais au juste, comment attester que sa vision était réelle. Non tout compte fait, il valait mieux qu’elle se taise car on la prendrait pour une folle. Résignée, elle rentra dans sa chambre non sans un dernier regard au ciel, devant son miroir elle s’assit, et se peigna. Puis, s’allongeant sur le lit, elle ouvrit la radio.

– Bonsoir mesdames et Messieurs, le quartier populaire de Calbassier vient de recevoir une averse. Cette dernière très circonscrite et d’une très rare violence n’a pourtant fait aucun dégât matériel. Il faut noter que des malfrats ont dû fuir précipitamment face au déchainement inouï des éléments. Ils s’apprêtaient à dépouiller un couple d’amoureux égaré dans ce quartier. Ces derniers eux, sont sains et saufs, ils sont quitte de cette mésaventure, avec une grosse frayeur et des vêtements en soupe. En l’état actuel de ses connaissances, la météo n’explique ni l’apparition imprévue du phénomène, ni sa violence et encore moins la soudaineté de sa disparition.

– yé krik krak patakrak krak.
– Mé zanmi, pa di pèsonn ayen, mé mo wè toutt dékatman sa histwè a
– Mo té sa oun klendenden annan chivé Maryse. Kou li pengnen, mo tonbé a tè a, mo bat ké mo débat jouk atan mo volé
– et j’ai volé jusqu’à Macouria pour vous raconter cette inconcevable aventure
– Et vous, vous là-bas, oui vous, vous qui me regardez avec des yeux ronds, avez-vous déjà entendu une pareille histoire ?
– non
AH, et bien c’est l’histoire de l’Amour sorcier que l’on chuchote dans les contes de minuit.

Myrto RIBAL RILOS