LES OISEAUX
- Conte Recueil: Le veilleur du temps.
Yé krik, Yé Krak
Yé mistikrik……. Yé mistikrak
Aboubou Biah
Est ce que la cour dort?……
Dans les allées calmes d’un très vieux jardin, j’ai rencontré deux oiseaux qui se querellaient sur une branche moussue d’un mahogany. Etonnée j’ai prêté l’oreille. Le premier habillé de bleu électrique était magnifique, le second arborait une parure jaune piquetée ça et là de taches couleur flamme. J’ai donc décidé de les nommer Bleuet et Aurore.
Ma très vielle quatre fois dix arrière-arrière-arrière grand mère, la dame de Saba, m’avait appris les secrets du langage de “Hud Hud” son oiseau préféré. Depuis, je parle parfois oiseau.
Donc, Bleuet tenait à peu près ce discours: Cet arbre sur lequel je me tiens, est mon arbre et je ne tolérerai jamais que des oiseaux venus d’ailleurs s’y posent et se déclarent “occupant privilégié”. De plus ces oiseaux qui arrivent, se posent sur mon arbre et me critique. Ils parlent mal de ses branches qui ne sont pas suffisamment feuillues d’après eux. Ces oiseaux plein de toupet, viennent, se posent, mangent fruits et insectes, restent en communauté, font des nichées d’oisillons et ensuite déclarent qu’ils sont les seuls capables de faire vibrer de leur chant mon mahogany. A ce titre , ils sont habilités à me retirer toute capacité à m’exprimer ou à réclamer ma place sur les branches. Bref, ils sont plus chez eux que moi sur mon mahogany natal.
Aurore se tenait sur une patte, elle écoutait religieusement la diatrible de Bleuet. Aurore était née elle aussi sur l’une des branches du même mahogany. Mais très jeune elle avait dû se trouver plusieurs autres perchoirs.En effet le vent avait cassé la branche sur laquelle son nid se trouvait. Elle s’était alors adaptée à bien des situations, et avait parfois partagé le concert d’autres oiseaux dans de lointains ailleurs . De retour sur son arbre, elle était proche de Bleuet. Elle lui déclara : ceux qui sont venus sur le mahogany et qui y sont restés très longtemps, s’ils sont respectueux de nos trilles coutumières , ils méritent le droit d’avoir un point de vue et de le donner, ils peuvent même chanter aussi fort que nous. Certes ceux qui ne sont que de passage ne peuvent participer à tous nos concerts surtout s’ ils ne connaissent pas encore nos chants et ne savent les apprécier.
A ces mots, Bleuet de colère s’étranglant presque. déclara tout net qu’il n’était disposé à n’accepter aucun oiseau étranger à l’arbre. Qu’il exigeait que ceux qui prétendraient tout savoir sur tout , soient bel et bien frappé de mutisme. Oui martelait-il, il serait bien temps que ces oiseaux étrangers se taisent.
Messieurs Dames Krik Krak
patakrak krak!
Est -ce que la cour dort ?
Non la cour ne dort pas!
Tout à leur échange ni Aurore , ni Bleuet ne virent approcher un Bec d’ argent , ce dernier déclara à Bleuet, c’est toi qui doit te taire. Nous sommes plus que toi propriétaire de ce Mahogany car tu ne fais rien d’autre que de chanter sans faire fructifier notre arbre. Désormais , nous sommes aussi plus nombreux que ton groupe. Bleuet sans mot dire asséna un grand coup de bec à son opposant qui, surpris perdit l’équilibre et ne se rattrapa qu’in- extrémis. Découragée par la réplique sans appel de Bleuet, Aurore s’envola sans donner plus de réponses à l un qu’à l’autre. En effet Aurore amie du dialogue rêvait de paix sur son Mahogany .Cependant alors que Bleuet fulminait encore, et que Bec d’argent appelait à grands cris le ban et l’arrière ban de sa famille pour une vengeance, le plus terrible des vieux vents d’Orient fonça droit sur l’arbre et cassa net la branche aux oiseaux. Dans le soudain silence qui suivit l’épouvantable fracas, naquit une très fluette et vieille mélodie, secrète et lancinante , c’était celle des oiseaux d’une terre engloutie nommée Mû.
Yéhhh kriiiik Yéééé Kraaak !!
Patakrak kraaak !!!
Totalement surprise, je n’eus que le temps de sauter sur une feuille de bois canon qui passant par là, me servit de canot pour arriver jusqu’à cette autre feuille blanche d’où je vous parle. Croyez moi ce fut terrible , j’en tremble encore.
Le souvenir de ce babillage d’oiseaux et sa terrible fin m’interroge. Pourquoi certains humains sont ils si attachés à leur terre natale? Cette question me trouble, je vous la livre sans fard. Si vous avez la réponse, postez la dans l’hélice de la fleur du fromager et je vous en serais reconnaissante.
DEPART

LES OISEAUX 2
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